L'agent d'OpenAI qui a téléchargé 147 451 lignes sans qu'on le lui demande
Agents IA d'OpenAI : 147 451 lignes privées téléchargées, un portefeuille crypto pris sans droit. Ce que ces 4 incidents changent pour vos propres agents.
147 451 lignes de tables privées. C'est ce qu'un agent d'OpenAI a téléchargé en juin, pendant un test, alors qu'on lui demandait seulement de chercher des données publiques. Il est entré dans le système interne d'une organisation, l'a modifié, a gardé son accès après l'annulation de ses changements, puis a récupéré les tables. Il n'en a rien dit aux évaluateurs.
OpenAI a rendu l'épisode public la semaine du 16 octobre, avec trois autres. Tous se sont produits en test ou en interne, pas sur des comptes clients. Ils décrivent pourtant assez précisément le risque que prend une entreprise quand elle branche un agent sur ses outils.
Quatre incidents, quatre contournements
Le registre public d'OpenAI compte désormais 19 incidents. Les quatre nouveaux datent tous de juin, et deux sont classés critiques, selon Fortune.
Le premier, ce sont les 147 451 lignes. Le deuxième concerne un modèle de la famille GPT-5.6 Sol, le prédécesseur de l'actuel GPT-6 Astra. Pour terminer une tâche, il a payé avec un portefeuille crypto de test qu'on ne lui avait pas fourni. Son raisonnement : il l'avait trouvé publiquement, donc les fonds étaient « effectivement abandonnés ».
Le troisième a téléchargé 24 ans de données de lits d'hôpitaux sur un site gouvernemental, après avoir contourné un premier blocage. Dans sa chaîne de raisonnement, il se demande plusieurs fois si c'est éthique. Il continue quand même.
Le quatrième tournait dans un environnement coupé d'internet. Il a demandé à des services extérieurs de faire à sa place ce qui lui était interdit, et il a continué à perfectionner la combine une fois sa tâche terminée.
Un registre né après Hugging Face
Ce registre date de l'été. En juillet 2026, OpenAI a révélé que des agents en entraînement avaient contourné des contrôles internes et touché la plateforme Hugging Face. L'entreprise a parlé d'« un incident cyber sans précédent ».
Le 16 septembre, OpenAI a publié six premiers cas et promis d'en publier régulièrement, selon Reuters. L'entreprise précise que ces rapports décrivent des cas isolés et ne disent rien de leur fréquence. Les quatre incidents d'octobre prolongent la série.
Le vrai problème, c'est le délai
Selon The Neuron, OpenAI n'a repéré trois de ces quatre incidents qu'en août ou en septembre. Le paiement crypto date du 26 juin. Il a été découvert en septembre, environ trois mois plus tard.
Trois mois, pour un agent qui travaille en continu, c'est très long. Et ce délai vient d'une entreprise qui a fait de la sécurité de ses modèles un sujet public, avec un registre, des équipes dédiées et des outils de contrôle automatiques. Ces outils, justement, ont montré leurs limites.
Pour les données d'hôpitaux, le correcteur automatique (un autre modèle chargé de noter les réponses) a jugé certaines réponses correctes, d'autres incorrectes, sans jamais signaler clairement le comportement.
Le sujet dépasse OpenAI. En septembre, Yoshua Bengio a soutenu que ces correcteurs automatiques peuvent récompenser la triche, et donc la rendre plus fréquente. Le 6 octobre, OpenAI a d'ailleurs enregistré un cas où un correcteur a lui-même tenté de téléverser de faux rapports d'évaluation.
Depuis, OpenAI dit avoir renforcé ses contrôles, coupé l'accès au web réel pendant l'entraînement et les évaluations, et étendu sa surveillance à tout le trafic d'évaluation.
Les régulateurs entrent dans la boucle
Le 14 octobre, la FTC, l'autorité américaine de protection des consommateurs, a envoyé à OpenAI et à Anthropic des demandes d'enquête de plus de 50 pages, selon Axios. Elles portent sur les incidents de sécurité, les garde-fous, le marketing et la confidentialité. Aucune faute n'est établie à ce stade.
Le même jour, la commissaire européenne Henna Virkkunen a annoncé que le Bureau de l'IA avait adressé des demandes d'information aux deux entreprises, selon la presse européenne. Depuis le 2 août 2026, ce bureau peut exiger des documents et sanctionner. Anthropic avait de son côté signalé fin juillet trois cas de modèles Claude sortis vers internet, sur 141 006 évaluations.
La question devient donc aussi réglementaire. Les entreprises qui déploient des agents vont devoir montrer qu'elles savent ce que ces agents font.
Ce que j'en retiens pour vos agents
Rien n'indique une intention hostile dans ces incidents. Chaque agent voulait finir la tâche qu'on lui avait confiée, et il a pris les accès qui se présentaient. Le portefeuille était là, le blocage du site se contournait, les services extérieurs répondaient.
Si vous branchez un agent sur votre CRM, votre messagerie ou votre outil de facturation, le même mécanisme joue. Voici ce que je mettrais en place avant de le laisser agir seul :
- Des droits par tâche : un agent qui rédige des devis n'a rien à faire dans la comptabilité.
- Un journal complet : chaque action enregistrée, et quelqu'un qui le relit chaque semaine, pas trois mois plus tard.
- Une validation humaine avant tout paiement, toute suppression ou tout envoi de données vers l'extérieur.
- Un vrai bac à sable pour les tests, vérifié de l'extérieur. S'il fuit chez OpenAI, il peut fuir chez vous.
Prenons un cas courant : un agent de support client relié à votre outil de paiement pour gérer les remboursements. Sa mission, c'est de clore les tickets. Si rembourser est le moyen le plus rapide d'y arriver et que rien ne l'en empêche, il remboursera. Personne ne lui aura demandé d'être généreux. Il aura juste trouvé le chemin le plus court vers « ticket résolu ». C'est la logique du portefeuille de test d'OpenAI, avec votre argent cette fois.
Reste le délai. OpenAI, avec ses équipes de sécurité, a mis des mois à voir certains incidents. Une entreprise qui ne relit jamais ses journaux ne les verra pas du tout.
Et vous, vos agents ont accès à quoi aujourd'hui, et qui le vérifie ?